Les ventes de manuscrits



Mardi 27 mai 2003, Drouot Richelieu.
"Manuscrit autographe de Marcel Proust"
Le célèbre questionnaire de Proust rédigé à quatorze ans.
Dans un album anglais relié intitulé « Confessions. An Album to record thoughts and feeling »
Toile rouge illustrée
1pp. in -4, vers 1885
Plusieurs feuillets détachés, fortes mouillures sur la couverture et épargant le manuscrit de Proust
Estimation 25 000/30 000 euros
Résultat de vente : 120 000 euros

Vendredi 26 Septembre 2003, salle 15, Drouot Richelieu.
"Fonds Rostand"
Vente d’une lettre autographe de 4 pages signée de Marcel Proust et adressée à Jean Rostand, le fils d’Edmond Rostand montait à 6500 euros.
Il lui demande de remercier sa mère, Rosemonde Gérard, pour le livre d’Edmond qu’elle lui a offert et se plaint de sa santé. La lettre se termine par une supplique envers Maurice Rostand ; Proust écrit « je n’ai cessé d’être son ami et […] je ne puis comprendre pourquoi il a l’air de dire que je l’ai oublié ».

290. PROUST Marcel (1871-1922) Le célèbre auteur de « A la recherche du temps perdu » - L.A.S. « Marcel », 7 pp. in-8 ; (Paris, 19 mars 1919). Enveloppe autographe. 3000/4000
Délicieuse lettre - très probablement INÉDITE - écrite alors qu'il lutte courageusement contre la maladie qui allait bientôt l'emporter. Ces sept pages témoignent de la délicatesse de Proust envers ses intimes, et notamment son vieil ami Albert FLAMENT (c. 1877-1956), auquel il s'adresse ici : «... Votre nouvelle gentillesse me touche à un point que je ne peux pas vous dire... non pas parce que je suis trop touché (tout ce qu'on ressent peut s'exprimer)...» ; la missive d'Albert lui arrive à un moment où, à ses problèmes de santé, vient s'ajouter la décision de son propriétaire de vendre la maison du boulevard Haussmann. «... Ce banquier en veut faire une banque, il expulse donc tous ses locataires, et il me faut sans pouvoir bouger trouver un logis à Paris, en Italie, en Espagne, je ne sais trop où...». Dans cette circonstance «... tragique pour moi qui ignore si dans le nouveau logis à supposer même que je le trouve, je respirerai ou non, l'asthme étant si capricieux...», le duc de Guiche a été admirable «... de gentillesse, de serviabilité, voyant lui-même le propriétaire, enfin parfait. Ce qui n'est pas parfait, ce que je trouvais détestable, c'est ma préface à Blanche...» pour Propos de peintres de J. E. BLANCHE, paru le 10 mars 1919.
Il est ensuite question de la vente de quelques-uns de ses biens : «... Votre marchand a été au-dessous de tout, il est venu, s'est trompé sur tout (très gentil du reste), je lui ai envoyé des livres avec dédicace, il ne m'a même pas répondu (et il y a de cela plusieurs mois)... En quittant la maison, je me débarrasserai de tout le laid, et en attendant Walter BERRY me débarrasse d'une partie du beau, ou relativement tel...».
Puis il évoque leur vieille amitié qui remonte à 1890 : «... Cher Albert, quel bonheur d'avoir gardé depuis la 20e année cette amitié pour vous en suspens ; je ne veux pas dire que je n'aurais pas aimé la cultiver, mais quelle chance qu'elle n'ait pas été gelée comme les graines qui ne peuvent plus germer...» ; il lui propose de passer le voir un soir, «... mais sans m'amener des gens, tout seul...». Sa mauvaise santé l'a obligé à refuser toutes les invitations, comme celle de Madame Hennessy, mais il compte se rendre chez elle après le diner, s'il n'est pas trop fatigué ; si Flament y était lui aussi invité, «... ce serait gentil au moins de se serrer la main...», etc.
Bien qu'on ne puisse pas douter que Proust eût été réellement alors en mauvaise santé, il est certain que son état lui servit, comme bien souvent dans le passé, de prétexte pour éloigner des fâcheux ou se faire pardonner de négliger temporairement d'autres personnes auxquelles il tenait. Mais la maladie lui servait aussi à trouver du temps libre pour travailler et réfléchir dans la solitude. Pendant toute sa vie, une période prolongée de maladie correspondait généralement à une période d'intense activité littéraire... En ce printemps 1919, Proust terminait son ouvrage A l'ombre des jeunes filles en fleur que la guerre lui avait empêché d'imprimer plus tôt. Ainsi, les remarques sur sa santé - que nous avons empruntées à George Painter, dans sa biographie de M. P. - semblent encore une fois se confirmer.
Magnifique missive dont le long texte parait n'être connu qu'en partie.

291. PROUST-WEIL Jeanne (1849-1905) Mère de l'écrivain - L.A., 2 pp. 8° gr. ; (Evian-1es-Bains, 15.VIII.1900). 500/600
Intéressante missive - dont il manque le début ? - écrite à Marcel PROUST.
Inquiète, Madame Proust s'était rendue au bureau du télégraphe pour expédier un message à son fils, lorsque l'employé l'interpelle : «... N'êtes-vous pas Mad. Proust ? Il y a une dépêche pour vous... Et il nous tend la dépêche... De ce moment, félicité paifaite et ton père, qui une demi heure avant n'était pas plus confortable que moi, s'écriait : Qu'est-ce que je t'avais dit ? etc...» ! Elle lui signale qu'il n'a pas inclus «... la carte de Newton SCOTT...» dont il lui parle, «... ceci pour me prémunir de toute réclamation de ta part...». Puis elle poursuit : «... Qu'est-ce que Lenepveu (Charles L., 1840-1910, musicien, prof. au Conservatoire de Paris) comme compositeur. Dieu, table, ou cuvette ? Je ne sais rien de lui... dis-nous qq. chose pour que si je me trouve auprès de lui... je puisse dire : Est-il rien de plus beau que vos... ?... Nous ne sommes d'ailleurs avec ton père inféodés jusqu'ici à aucun groupe et fonnons, avec les Duplay, le parti républicain indépendant...».
Des connaissances distinguées viennent parfois relancer le couple, comme ce gros monsieur au nez rouge, Charles DUPUY, président du Conseil en 1899 au moment crucial de l'affaire Dreyfus, qui un jour frappa joyeusement sur l'épaule du docteur Proust. Monsieur Armand NISARD, homme très aimable mais dur d'oreille (il était l'oncle par alliance de Marie de Benardaky, l'un des modèles de Monsieur de Norpois), alors ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, est également un de leurs voisins de cure à Evian : «... Il n'entend rien de ce qu'on lui dit et comme il parle tout bas on n'entend rien non plus de ce qu'il dit...», etc.
Ce message, qui ressemble plus à un long post-scriptum qu'à une vraie lettre, se temine par une amusante allusion relative à l'ingénieur Adolphe Salles que le couple Proust avait invité à dîner «... pour le consoler et de l'absence de safemme et des affaires de son beau-père...», le célèbre Gustave EIFFEL qui venait de sortir quelque peu malmené du procès de l'Affaire du canal de Panama.

292. PROUST-WEIL Jeanne - L.A.S. « J. P. », 4 pp. in-8 ; Evian-1es-Bains, « Jeudi » (16.VIII.1900). En-tête de la « Source Cachat - Etablissement Thermal...». 600/800
A Marcel PROUST. Arrivée à Evian avec son mari quelques jours plus tôt, Jeanne raconte avec humour à son fils les derniers potins dont il raffolait. Après avoir réglé le problème du renvoi du courrier vers la Savoie, elle lui parle du magistrat Edmond PLOYER (1842-1916), homme invisible qui «... doit avoir quelques aimants qui l'attirent au dehors...», puis d'une dépêche de l'ancien ministre Stéphane PICHON (1857-1933) qui, d'après Armand NISARD (1841-1925) «... nous fait honneur puisque il se montre préoccupé des 3000 Chrétiens, etc., avant de parler de lui-même...». Quant au docteur Proust, il va «... on ne peut mieux. Les soirs où nous n'allons pas au théâtre nous jouons au domino avec les Duplay [le docteur Simon D., 1836-1924, chirurgien, et sa femme Victoire] qui s'amusent beaucoup de son feu, et de sa joie quand il gagne...». Georges WEIL (1847-1906), avocat, oncle maternel de Marcel, vient d'écrire à sa sœur pour lui annoncer qu' «... après 8 ans et 1/2 Maygrier [médecin-accoucheur, est] récompensé pour avoir donné une fille !...», etc. Il est aussi question de sa belle-sœur Amélie Weil, de Jean CRUPPI (1855-1933) qui séjourne à Villeneuve, de l'autre côté du lac Léman et du magistrat Charles MAZEAU (1825-1905).
Dans sa précédente missive à son fils, Madame Proust a oublié de lui préciser qu'elle n'a «... aucun Diderot et Daelbert (sic, pour D'Alembert ?) au Cab. Sec. ...». La lettre se tennine par un rappel : «... As-tu, mon chéri, fait le nécessaire pour Madame Higginson...» (l'épouse de John H., 1839-1904 ?).

[ Retour]